Problèmes d’interprétation

– Tu ne vas pas m’dire que tu vas publier tout ça quand même, si?
– Pourquoi pas?
– Je sais pas, tu n’as pas peur de ce qu’on va en dire?
– « on »?
– Oui tu sais, les gens.
– J’y ai jamais vraiment réfléchi.
– Eh ben moi oui. Sans parler de ceux qui nous connaissent.
– Comment ça?
– « Est-ce que c’est vraiment une histoire? », « est-ce que c’est à propos d’Adèle? », et j’en passe.
– Est-ce que c’est vraiment une histoire? Lire la suite

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Débat

Les choses étaient devenues beaucoup plus dures à suivre. Il ne s’agissait plus seulement de simplement épauler quelqu’un, de lui dire – « oh tu sais, je comprends, je serai toujours là pour toi ». À présent, l’important était d’agir, de donner suite. Il fallait être là, justement, et c’était quelque chose qui lui paraissait d’ores et déjà difficile. Son amie se tenait là, en pleurs, pour la troisième fois de la semaine, et il lui était presque devenu impossible de compatir. L’envie était telle, qu’elle devait se retenir pour ne pas lui dire de l’envoyer paître une bonne fois, de reprendre son envol, sa liberté, ce qui lui revenait de droit. Comment comprendre, comment justifier qu’une femme aussi ouverte, sure d’elle puisse à ce point être soumise aux moindres faits et geste d’un représentant de l’autre sexe. Le sexe faible, le sexe qui pendouille – le moche, l’inutile. C’était bien l’origine du monde que l’on allait contempler, pas l’inverse.
– Tu sais, commença-t’elle, je crois que tu devrais penser à partir.
– Partir? demanda l’amie.
– Oui, tu sais, te libérer.
L’amie lui adressa un regard presque outré. Depuis toutes ces années, elle avait été habituée à entendre les commentaires, certains plus tranchants que d’autres, sur sa ou ses relations. Mais jamais n’avait-elle perçue la moindre once de pensée négative de la part de son amie – force était de constater que l’on ne connait jamais vraiment personne. Lire la suite

J’ai testé pour vous #8 : les consignes de vote.

jacques-chirac

5 ans encore … ‘sont cons c’pas possib’.

L’avantage de partir communier avec la nature, c’est que l’on finit par être coupé de tout. Alors oui, ça peut paraître impensable, incongru, insensé, et tous ces autres trucs qui commencent par in-, mais croyez-moi quand je vous dis qu’après un moment on finit par apprécier. Tenez, imaginez donc : fini le boulot (au moins pour quelques jours, vous reviendrez à vos dossiers brûlants bien assez tôt), fini les déjeuners sur le pouce à manger de la merde payée bien trop chère, fini les transports, les RER et leur rupture de caténaire, et bonjour le soleil, le calme, et toutes les odeurs qui ne relèvent pas de la pollution ou d’un corps autre que le votre. Vous vous dorez la pilule au soleil, savourez le silence et oubliez complètement que vous avez un compte instagram, que vous n’avez pas tweeté depuis trois jours, ou que vous ne vous êtes pas crêpé le chignon avec quinze de vos amis sur vos opinions politiques respectives. C’est beau de rêver, non? Lire la suite

Zéro pointé

C’est arrivé comme ça. Personne ne l’avait vu venir avant, et vous me direz, personne ne voit jamais rien venir. Bien triste vérité, pourtant trop réelle. Tout le monde s’est regroupé, formant un cercle pas tout à fait fermé, les yeux rivés sur les gouttes, la flaque, la mare. On n’avait rien entendu, si ce n’est le vent se déchainant au dehors et soufflant les branches encore fleuries d’arbres quelconques. Le cours se déroulait comme à l’accoutumée; professeur lisant, professeur posant une question, élèves ne répondant pas, professeur reposant la question sous une autre forme, élèves ne répondant toujours pas, professeur perdant patience, jusqu’à qu’un élève, toujours le même, finisse par lever la main. Ça en était presque devenu un rituel, et se passait toujours après le rituel d’entrée en classe – bonjour, asseyez-vous, quel temps fait-il aujourd’hui. Un rituel après un rituel. Lire la suite

Lundi

On dit que le dimanche, c’est le jour du seigneur. Mais alors, qu’est-ce que ça fait du lundi ? C’est le jour des apôtres ? Le jour du traitre ? Le jour du pauvre idiot qui s’use les genoux à force de cirer le parquet miteux de l’église du centre de la place du village ? Qu’importe. Le lundi me donne envie de prier. Fort. Et de gueuler un peu aussi. Plus fort. Lire la suite

J’ai testé pour vous #7 : marier deux amis.

joey-2

« Pour le meilleur et pour le pire … surtout pour le pire d’ailleurs. Oh putain, SPOILER! »

Tiens, vous êtes encore là? Qui l’aurait cru? Certainement pas moi en tout cas.
Ceci dit, je pourrais bien être en train de me parler à moi-même, ce ne serait pas la première fois. Rendez-vous compte; je suis même content de vous voir! C’est dire à quel point ça fait longtemps, non? Allez, soyons honnêtes; faut bien reconnaître que si l’on abuse, qu’on se côtoie un peu trop et d’un peu trop près, on finit par s’énerver. Mais comme tout, ça finit toujours par passer. Quoiqu’il en soit, si vous n’avez pas vu ma tronche pendant ce long moment, c’est que j’étais foutrement bien occupé! Bon évidemment, si vous êtes logiques, vous commencez par lire le titre, et là, mon effet de surprise fout le camp et j’me suis comme qui dirait – autospoilé.
Bref, laissez-moi plutôt vous raconter ce qu’il s’est passé. Lire la suite

Post de gare

J’attendais patiemment, jouant avec mon Sartre, le faisant pivoter, basculer, cogner la table, lorsqu’il entra finalement dans le café. Vinnie ne savait pas faire une entrée discrète, il se devait toujours de saluer chaque personne présente là où il se rendait, peu importe le nombre. Il referma la porte sur lui, redressa le col de son manteau d’un geste bien maitrisé, et s’avança vers ma table. Il m’adressa un sourire de vendeur. Vinnie était un drôle de type : il en connaissait un rayon et il pouvait parler de tout pendant des heures, vous poser tout un tas de questions sur tout un tas de sujets, avant de tout ramener à lui. Certains disaient que c’était un mauvais gars, un ahuri, ou je ne sais quoi encore. Je lui trouvais un certain attrait, un petit quelque chose de divertissant. Et il me prenait pour un abruti, ce qui rendait le tout d’autant plus amusant. Lire la suite

#VT2F2016

Aujourd’hui j’ai décidé d’écrire une lettre ouverte au monde.
Oui, vous avez bien lu; une lettre ouverte. Oui je sais ce que vous allez me dire; La Poste en ce moment … Mais tout de même ! La lettre, c’est un art perdu. Comme la ************. Merde; rayons ça.
Tout, ou presque, a commencé hier lorsque l’on m’a très justement fait remarquer que sur internet, n’importe qui peut devenir n’importe qui grâce à un mot, un geste, un sourire, une photo plutôt bien cadrée. Alors j’en profite; moi aussi je me jette à l’eau, je boue, je vois les autres réussir, devenir des artistes, des blogueuses, des youtubeurs et des booktubeurs, et je dois dire que je suis exaspéré(e). Lire la suite

Artiste engagée

– Difficile de faire pire en terme de prose.
– Mais complètement. Et l’utilisation de ses modaux est totalement à revoir.
– Attendez, vous avez vu sa ponctuation aussi. Quelle blague !
Tous les trois se mirent à rire.
– Je ne comprends pas comment on peut se prétendre écrivain dans ces cas-là.
– Mmh oui, auteur, je dois reconnaître qu’on ne peut pas remettre ça en question. Mais écrivain …
– Vous savez ce que tout ça me rappelle?
– Non?
– Non?
– Nolt. Vous vous souvenez de lui? Le vieux Nolt?
– L’énergumène qui se pensait romancier?
– Oui! Je me souviens; le barman fou. Quelle blague!
Une nouvelle fois, ils éclatèrent de rire. La pluie tombait abondamment sur les pavés de la petite cour intérieure et le bruit calme et sourd des gouttes s’écrasant contre le sol faisait penser à celui de gens trop ambitieux ou pas assez, s’écrasant contre la dure loi de la société. Lire la suite

Autobiographie

La tasse, au bord de la table, ne manqua pas de tomber. Et bien sûr, le café se renversa sur une grande partie de mon pantalon, puis sur mes chaussures trouées. J’étais habitué à renverser des choses, c’est comme ça; c’est la vie. On essaye de les prendre comme elles viennent, ces choses, et bien souvent on se prend les pieds dans le tapis en essayant d’y faire attention. Et bien sûr, tout finit toujours pas tomber, se briser, et bien souvent en mille morceaux. Mais soit. On m’avait toujours seriné « sois positif, souris à la vie et la vie te sourira ». Alors je continuais de sourire; ce sourire crispé et loin d’être naturel, celui qui montre bien que techniquement, vous n’êtes pas fait pour sourire, que physiquement, votre visage ne peut pas se réagencer de cette manière. Mais soit, sourions à la vie et la vie nous sourira. Lire la suite