Love effect

Elle riait aux éclats. Il souriait bêtement. Il n’y a jamais eu d’égalité dans cette relation, comme dans beaucoup d’autres. Ce n’était en rien basé sur quoi que ce soit de charnel – pas au début en tout cas. Et puis, ça a commencé petit à petit. C’était un tourment de mille flammes, une confusion douce, un grand brouillard sucré mais léger. Elle avait l’air d’en savoir plus que lui. Sur la vie, sur le sens, sur tout. Il devait ré-apprendre les fondamentaux, les relations, quoi dire et quoi penser. Sans ça, il ne pourrait jamais se débrouiller pour quoi que ce soit. Il faisait partie de ceux que l’on appelait plus communément dans les rames de métro « les attardés émotionnels ». Ils n’avaient jamais vraiment abordé ce sujet-là, mais il savait bien qu’un jour ils finiraient pas y arriver, qu’elle finirait par s’en rendre compte. Alors, juste comme ça, au détour d’une gorgée brulante, d’un léger parfum de chocolat chaud, Sami a lancé : Lire la suite

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Cut-up

,et c’est comme ça qu’on s’est retrouvés là. Difficile de bien comprendre tout ce qui s’était passé jusqu’alors. Le seul véritable lien entre avant et après, c’est ce ridicule ticket de train à moitié effacé. Lire la suite

One more beer and I’ll take you all

– T’as jamais rien dit à propos de ce que t’as sur le cœur.
– Possible.
– C’est tout ce que ça te fait?
– Que veux-tu que je te dise.
– Ce que tu ressens, que tu me parles de toi?
– Tu sais déjà tout de moi. Ou les grandes lignes.
– T’aimes la pêche, ton café bien noir, et les jolies jambes. Tu parles d’un savoir.
– Le principal est là.
– Va te faire voir.
– Avec plaisir. Lire la suite

Lundi

On dit que le dimanche, c’est le jour du seigneur. Mais alors, qu’est-ce que ça fait du lundi ? C’est le jour des apôtres ? Le jour du traitre ? Le jour du pauvre idiot qui s’use les genoux à force de cirer le parquet miteux de l’église du centre de la place du village ? Qu’importe. Le lundi me donne envie de prier. Fort. Et de gueuler un peu aussi. Plus fort. Lire la suite

On n’attend pas Patrick?

et lorsqu’il se leva, la file d’attente se remit à bouger comme un de ces insectes qu’on vient d’écraser sous son pied et qui, après un long moment, montre encore des signes de vie. Patrick gagna un siège, celui-ci un peu plus confortable que le précédent. C’était sa petite victoire; quand il venait pour son rendez-vous hebdomadaire, il regardait toujours en direction de ce siège, comme pour un rituel. Une fois qu’on arrivait à s’y asseoir, non seulement, on était à l’aise, mais on était aussi assuré que l’attente ne durerait pas plus d’une heure supplémentaire. Il souriait ouvertement dans la salle, et les gens ne semblaient pas du tout y prêter attention. Ce quartier, se dit-il, a bien changé. Même le 13ème a bien changé; c’était mon fief, ma terre. Aujourd’hui, c’est à peine si je le reconnais; c’est à peine si je me reconnais. Lire la suite

Sinistres Français

Scène : magnifique journée pluvieuse dans la capitale. SF, vêtu d’un seyant gilet jaune à bandes grises, interroge des passants dans la rue au lieu de faire le travail pour lequel il n’est presque pas payé.

[Entrent SF et MADAME]

SF : Bonjour madame.
MADAME (esquivant) : Non non.
SF : Ah bon d’accord, bonne journée.
[Elle sort.]

SF : Quelle belle journée. Ici, ici, ici, ici il fait bon vivre … Lire la suite

N.O.N

– C’est ce qu’il m’a dit. Pas au mot près, bien évidemment. Mais l’idée est là.
– Incroyable …
– On ne croirait pas en le voyant, hein?
Un couple entra dans le salon de thé, rayonnant, souriant. Roux, tous les deux. Tania se dirigea vers eux, leur adressa un sourire avant de prendre leur commande. Elle revint près de Sacha, et lança :
– Je t’avoue que j’ai vraiment du mal à l’imaginer.
– Lui? Ou lui faisant ça?
– Les deux! Enfin, surtout lui, et ça. Disons que, ça ne colle pas trop.
– En même temps, est-ce qu’il y a vraiment quelque chose qui « lui colle »?
Elle sourit, puis s’empara en un geste d’une pince avec laquelle, elle captura, non sans brio, un cupcake malicieux qui faisait tout pour ne pas se laisser attraper. Son pas chaloupé rythmant sa démarche remarquable, elle se dirigea vers la table occupée par le couple, et y déposa la commande. Ils avaient l’air ravis. L’homme se saisit de son portefeuille en un instant, ne laissant pas le temps à sa compagne de réagir, et tendit d’un geste chevaleresque, sa carte bleue visa. Tania l’attrapa du bout des doigts, et, tandis qu’elle en introduisait le bout dans la machine, adressa à Sacha un regard plein d’incompréhension. Comment un type comme Nick avait pu être écrivain? Bon, c’était dans une autre vie, certes. Mais quand même. On parlait bien du même Nick qui servait du jeudi au mardi avec la même salopette, qui gribouillait des phallus sur les petites serviettes à papier qu’il laissait tranquillement traîner sur le comptoir. Ce même Nick qui avait un jour prétendu avoir couché avec Kimberly Key (la célèbre styliste), ou qui avait notamment avoué (d’une confession apparemment sincère et non-forcée) être passé très près du capitanat de l’équipe nationale de rugby. Difficile d’imaginer que ce même Nick qui s’était une fois endormi dans son propre vomi avait aussi été l’auteur d’un bouquin au succès relatif. Comme quoi; les apparences. Lire la suite

I am Sinistre

Le lien d’un sac flancha, et tout le contenu se répandit sur le sol. Encore un de ces soirs où rien ne va dans votre sens, mais que voulez-vous; on ne fait pas toujours ce qu’on veut. Je m’employai à ramasser chacun des déchets et les fourrai tant bien que mal dans le sac. Une fois re-rempli, j’essayai de le nouer, juste histoire de faire illusion. Je forçai sur la poignée de la porte de derrière et passai par le couloir sombre et humide qui menait jusqu’aux poubelles. À chaque nouveau pas, je prenais conscience, comme à chaque fois, que j’étais déjà passé par ce couloir des centaines de fois, et que ma vie ne devait à présent plus se résumer qu’à ce trajet ridicule. Toujours le même, toujours le même nombre de pas, toujours les mêmes sensations. J’arrivai près des containers et me rendis soudain compte que quelqu’un était en train de farfouiller dans une des bennes au coin de l’allée. Lire la suite

Note de table basse.

Alors oui je sais, tu vas me le dire : ça fait très très longtemps que l’on a pas parlé en tête-à-tête toi et moi, mais que veux-tu, je suis assez pris ces temps-ci – si bien que j’ai à peine le temps de dormir et de prendre une douche par jour, c’est triste je le sais bien, et crois bien que je ne t’oublie pas; non, je ne t’oublie jamais, d’ailleurs je pense très souvent à toi, et si les ondes que j’envoie marchaient aussi bien que ta connexion WiFi je t’assure que tu me verrais tout le temps en ligne, à te parler, te raconter ma journée, ma vie, mes rêves, à t’envoyer des wizz lorsque tu ne répondrais pas et j’imagine qu’à force, comme tout, tu en aurais probablement assez de moi Lire la suite