Quand les aléas de la vie te tabassent si fort que tu finis par tout comprendre

« Et active toi, on n’a pas que ça a glander! »
C’était toujours la même rengaine avec les connards de ce genre. Les merdeux qui, malgré leur jeune âge, se sentent plus pisser parce qu’ils ont plus de grade que toi. Qu’est-ce que j’en avais à cirer moi, de ses clients? J’étais payé pour nettoyer le sol, les comptoirs et les devantures. On me rajoutait parfois du boulot, en contrepartie de quelques chèques resto balancés comme ça, avec dédain, et on me faisait ranger les rayons, remettre les merdes sur les cintres. Du facing qu’ils appelaient ça; mais qu’est-ce que j’en avais à cirer? Sur la dernière heure qu’il me restait à tirer, difficile de ne pas lambiner. Le merdeux me collait aux basques comme la misère sur le pauvre. Active toi Nolt, qu’il me gueulait. Alors je m’activais, du haut de mes un mètre quatre-vingt je me courbais comme le roseau à qui on aurait bien cassé les couilles, et je me pétais le dos pour que leur saloperie brille. J’en avais été réduit à ça, moi, comme beaucoup d’autres; à me péter le dos et le moral pour gagner trois rond que je foutrais en l’air dès que j’aurais foutu le nez dehors. C’était comme ça que c’était devenu, plus facile de trainer que d’espérer. Lire la suite

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Autobiographie

La tasse, au bord de la table, ne manqua pas de tomber. Et bien sûr, le café se renversa sur une grande partie de mon pantalon, puis sur mes chaussures trouées. J’étais habitué à renverser des choses, c’est comme ça; c’est la vie. On essaye de les prendre comme elles viennent, ces choses, et bien souvent on se prend les pieds dans le tapis en essayant d’y faire attention. Et bien sûr, tout finit toujours pas tomber, se briser, et bien souvent en mille morceaux. Mais soit. On m’avait toujours seriné « sois positif, souris à la vie et la vie te sourira ». Alors je continuais de sourire; ce sourire crispé et loin d’être naturel, celui qui montre bien que techniquement, vous n’êtes pas fait pour sourire, que physiquement, votre visage ne peut pas se réagencer de cette manière. Mais soit, sourions à la vie et la vie nous sourira. Lire la suite

N.O.N

– C’est ce qu’il m’a dit. Pas au mot près, bien évidemment. Mais l’idée est là.
– Incroyable …
– On ne croirait pas en le voyant, hein?
Un couple entra dans le salon de thé, rayonnant, souriant. Roux, tous les deux. Tania se dirigea vers eux, leur adressa un sourire avant de prendre leur commande. Elle revint près de Sacha, et lança :
– Je t’avoue que j’ai vraiment du mal à l’imaginer.
– Lui? Ou lui faisant ça?
– Les deux! Enfin, surtout lui, et ça. Disons que, ça ne colle pas trop.
– En même temps, est-ce qu’il y a vraiment quelque chose qui « lui colle »?
Elle sourit, puis s’empara en un geste d’une pince avec laquelle, elle captura, non sans brio, un cupcake malicieux qui faisait tout pour ne pas se laisser attraper. Son pas chaloupé rythmant sa démarche remarquable, elle se dirigea vers la table occupée par le couple, et y déposa la commande. Ils avaient l’air ravis. L’homme se saisit de son portefeuille en un instant, ne laissant pas le temps à sa compagne de réagir, et tendit d’un geste chevaleresque, sa carte bleue visa. Tania l’attrapa du bout des doigts, et, tandis qu’elle en introduisait le bout dans la machine, adressa à Sacha un regard plein d’incompréhension. Comment un type comme Nick avait pu être écrivain? Bon, c’était dans une autre vie, certes. Mais quand même. On parlait bien du même Nick qui servait du jeudi au mardi avec la même salopette, qui gribouillait des phallus sur les petites serviettes à papier qu’il laissait tranquillement traîner sur le comptoir. Ce même Nick qui avait un jour prétendu avoir couché avec Kimberly Key (la célèbre styliste), ou qui avait notamment avoué (d’une confession apparemment sincère et non-forcée) être passé très près du capitanat de l’équipe nationale de rugby. Difficile d’imaginer que ce même Nick qui s’était une fois endormi dans son propre vomi avait aussi été l’auteur d’un bouquin au succès relatif. Comme quoi; les apparences. Lire la suite

Her.

Dans un bureau miteux, à quelques kilomètres de la côte, tandis que des centaines de milliers de personnes vont et viennent, s’entassant dans des bus à l’odeur de sueur toute aussi marquée que le fameux trou dans la couche d’ozone, deux hommes échangent des regards interrogateurs, parlent une même langue sans ne jamais arriver vraiment, comme dans la plupart des cas d’ailleurs, à se parler. L’incompréhension générale, l’erreur, l’homme, c’est ce qui dicte les lois du monde, du notre, du leur, de tous ceux que l’on peut imaginer et qu’il nous reste encore à découvrir. Lire la suite

Transcendance.

– Et au fond, qu’est-ce que j’ai accompli cette année? J’ai perdu toute confiance en moi.
– Trébucher n’est pas tomber.
– Merci, maître Yoda.
– Je ne plaisante pas, tu perds quelque chose, tu rates quelque chose. Ça arrive. Mais ça ne rend pas ta situation actuelle définitive pour autant.
– Mais bon sang … J’étais à ça … On parlait de moi, on vendait mes bouquins, et puis, plus rien.
– Tu sais ce qu’on dit, il faut toujours un moment compliqué à passer pour apprécier les autres.
– Ouais, il faut du moche sinon il n’y aurait pas de beau, c’est ça?
– Exactement.
– Merci de te sacrifier.
LeRoux frappa l’épaule de l’homme à la casquette, souriant. Lire la suite