Votre chauffeur a annulé la course

J’ai attendu quelques heures. Je ne suis pas un idiot. J’ai pris trois verres, enfin trois après la limite. Ou quatre peut-être. Mais tout va bien, je tiens debout, je vois clair. Je sais conduire, et surtout ma voiture. Pas la peine qu’on me surveille, qu’on me conduise, j’ai passé l’age d’avoir quelqu’un sur le dos. On me dit, c’est ta décision, t’es grand, t’assumes. J’assume. Je travaille, comme tout le monde, sauf les profs peut-être, et je gagne mon propre argent. Je mange au restaurant et je commande souvent un expresso après le repas. J’y glisse trois sucres parce que le café c’est trop amer, mais j’aime bien, je m’y fais, je fais comme on fait. On a toujours fait comme ça. Lire la suite

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Dynamite

À trois heures, ils sont sortis pour donner les dernières nouvelles. On ne sait pas quand quelque chose va changer – disons simplement que l’état est stable, que ça se maintient. Mais putain, qu’est-ce que ça veut dire, « ça se maintient »? Alors on attend, encore et encore. Difficile d’imaginer que ce joli petit minois ne ressemble plus à grand-chose. Au mieux, on s’en rappellera toujours comme de quelqu’un de gentil, à qui il n’est arrivé que des tuiles. Au pire, on n’en parlera que comme du balafré, l’amoché. Quelque chose dans le genre.

C’était allé très vite, c’est ça qu’ils répètent en boucle. Nous on a pas compris tout de suite. Alors parfois, dans les moments de crise, de doutes, on se marre, on en rigole. On se demande encore si on peut rire de tout, faut croire que oui. C’est peut-être ça qui nous sépare des animaux, allez donc savoir. Ça, ou notre façon constante de nous pousser les uns les autres sous un bus. De façon littérale et métaphorique. Le bus lui l’avait à peine senti, Jérôme répète que rien ne peut arrêter un bus lancé à plus de cinquante à l’heure. Même un mur épais. Nous on pense que Superman pourrait surement, mais Superman n’existe pas. Lire la suite

#VT2F2016

Aujourd’hui j’ai décidé d’écrire une lettre ouverte au monde.
Oui, vous avez bien lu; une lettre ouverte. Oui je sais ce que vous allez me dire; La Poste en ce moment … Mais tout de même ! La lettre, c’est un art perdu. Comme la ************. Merde; rayons ça.
Tout, ou presque, a commencé hier lorsque l’on m’a très justement fait remarquer que sur internet, n’importe qui peut devenir n’importe qui grâce à un mot, un geste, un sourire, une photo plutôt bien cadrée. Alors j’en profite; moi aussi je me jette à l’eau, je boue, je vois les autres réussir, devenir des artistes, des blogueuses, des youtubeurs et des booktubeurs, et je dois dire que je suis exaspéré(e). Lire la suite

Artiste engagée

– Difficile de faire pire en terme de prose.
– Mais complètement. Et l’utilisation de ses modaux est totalement à revoir.
– Attendez, vous avez vu sa ponctuation aussi. Quelle blague !
Tous les trois se mirent à rire.
– Je ne comprends pas comment on peut se prétendre écrivain dans ces cas-là.
– Mmh oui, auteur, je dois reconnaître qu’on ne peut pas remettre ça en question. Mais écrivain …
– Vous savez ce que tout ça me rappelle?
– Non?
– Non?
– Nolt. Vous vous souvenez de lui? Le vieux Nolt?
– L’énergumène qui se pensait romancier?
– Oui! Je me souviens; le barman fou. Quelle blague!
Une nouvelle fois, ils éclatèrent de rire. La pluie tombait abondamment sur les pavés de la petite cour intérieure et le bruit calme et sourd des gouttes s’écrasant contre le sol faisait penser à celui de gens trop ambitieux ou pas assez, s’écrasant contre la dure loi de la société. Lire la suite

Sinistres Français

Scène : magnifique journée pluvieuse dans la capitale. SF, vêtu d’un seyant gilet jaune à bandes grises, interroge des passants dans la rue au lieu de faire le travail pour lequel il n’est presque pas payé.

[Entrent SF et MADAME]

SF : Bonjour madame.
MADAME (esquivant) : Non non.
SF : Ah bon d’accord, bonne journée.
[Elle sort.]

SF : Quelle belle journée. Ici, ici, ici, ici il fait bon vivre … Lire la suite

Edito : Qui suis-je, que fais-je, où vais-je?

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Pendant ce temps-là, Sinistre s’entraîne à sourire pour attirer le lecteur …

Pour ceux qui arrivent en retard, qui passent par ici totalement par hasard, qui viennent ou reviennent simplement parce qu’ils ont vu un lien ici ou là mais ne savent pas vraiment à quoi s’attendre, laissez-moi une petite seconde pour vous expliquer le pourquoi du comment. Lire la suite

Main courante.

Déjà dix heures dix, pensai-je, je suis encore super en retard.
J’entrai dans la grande salle en silence, et personne ne me prêta attention. Seul le chef hocha la tête alors que je m’installais tout au fond de la salle. Après tout, personne ne pouvait dire que je faisais vraiment partie de l’équipe; j’étais simplement une paire d’yeux et d’oreilles, là simplement pour satisfaire une curiosité possiblement mal-placée d’autres personnes. Une curiosité qui somme toute, finirait sur quelques feuilles de papier qui n’intéressent généralement qu’un simple quart des personnes visées. Mais soit, à toute tâche je me dévouais, et j’extirpai aussitôt mon calepin de la poche intérieure de ma veste. Rien de tel qu’une bonne réunion pour vraiment comprendre ce qui se joue ici. Lire la suite

Les Sinistres Enquêtes Impossibles : la gentillesse (feat. les casses-burnes, et le maroilles aussi)

AVERTISSEMENT : le passage suivant contient un nombre anormalement élevé de mots/jeux de mots/sonorités/sens/phrases/syntagmes prépositionnels de natures douteuses qui peuvent heurter votre sensibilité ou celle de vos proches.
Cet article peut également entrainer des crises d’épilepsie.

Des précautions sont nécessaires à une lecture en toute sécurité : assurez-vous du bon fonctionnement de votre second degré, de votre sens critique et de votre capacité à lire entre les lignes. Il est, sinon, possible de consommer de l’alcool en grande quantité avec modération.
Le binge-drinking c’est pour les jeunes écervelés.
(à moins de faire ça au Buckfast, là c’est pour les courageux.)

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« Sinistre, un sourire s’il te plait? Quoi? Ah, t’es à fond là? »

Vous avez déjà rencontré ces gens qui, peu importe les jours, le temps, les mois, les circonstances, vous lâchent un énorme sourire? Imperturbables, souriant et à qui tout sourit, vous voyez le genre? Allez, un effort, je suis sûr que vous en connaissez au moins un. Ouais ouais, je vous le concède, c’est le genre de personnes qui tapent souvent sur les nerfs. Surtout quand vous passez une journée de mierda. Bref, et bien soyons clairs, ce genre de personnes là, c’est pas moi. Mais alors pas du tout. L’inverse même. Et ça m’a d’ailleurs valu d’être qualifié d’ours. Si si, un ours. Ouais c’est rude je sais.
C’est un fait qui semble être vérifié par de nombreux témoignages, je ne suis pas quelqu’un de gentil. Pas aux premiers abords en tout cas. Alors on me targue souvent d’être renfermé et on me conseille – des conseils brillants et auxquels je n’aurais moi-même jamais pu penser : « tu sais si tu souriais plus ça passerait à l’aise, non non, vraiment, je dis pas ça pour rire hein! »
Vous vous doutez bien que si je vous raconte ça, ce n’est pas anodin. Lire la suite

Dink the jerk

J’entrai dans le bar avec la ferme intention de me noircir. Un dépassement de limite en règles, pas question de réfléchir. Au moment où la porte se referma sur moi, les yeux se tournèrent dans ma direction, et vinrent me scruter de la tête aux pieds. J’imaginais que mon brushing et mon allure fringante devaient détoner du rester du bar; j’adressai un clin d’œil à un destinataire invisible. Toutes les places au bar étant prises, je décidai de m’installer dans un box, ce qui, somme toute, se présentait comme la meilleure des alternatives – je me refusais encore à cette époque à me mêler à la populasse, aux abrutis. Le serveur se dandina jusqu’à moi et me sourit d’un air niais : Lire la suite