#1605

Difficile de dire lequel d’entre eux allait être choisi en premier.
Hommes, femmes, enfants; il n’y avait aucune distinction. Vieux et jeunes avaient été alignés, bien tristement, en rang d’oignons, des porcs prêt à rejoindre l’abattoir. Lire la suite

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Love effect

Elle riait aux éclats. Il souriait bêtement. Il n’y a jamais eu d’égalité dans cette relation, comme dans beaucoup d’autres. Ce n’était en rien basé sur quoi que ce soit de charnel – pas au début en tout cas. Et puis, ça a commencé petit à petit. C’était un tourment de mille flammes, une confusion douce, un grand brouillard sucré mais léger. Elle avait l’air d’en savoir plus que lui. Sur la vie, sur le sens, sur tout. Il devait ré-apprendre les fondamentaux, les relations, quoi dire et quoi penser. Sans ça, il ne pourrait jamais se débrouiller pour quoi que ce soit. Il faisait partie de ceux que l’on appelait plus communément dans les rames de métro « les attardés émotionnels ». Ils n’avaient jamais vraiment abordé ce sujet-là, mais il savait bien qu’un jour ils finiraient pas y arriver, qu’elle finirait par s’en rendre compte. Alors, juste comme ça, au détour d’une gorgée brulante, d’un léger parfum de chocolat chaud, Sami a lancé : Lire la suite

Votre chauffeur a annulé la course

J’ai attendu quelques heures. Je ne suis pas un idiot. J’ai pris trois verres, enfin trois après la limite. Ou quatre peut-être. Mais tout va bien, je tiens debout, je vois clair. Je sais conduire, et surtout ma voiture. Pas la peine qu’on me surveille, qu’on me conduise, j’ai passé l’age d’avoir quelqu’un sur le dos. On me dit, c’est ta décision, t’es grand, t’assumes. J’assume. Je travaille, comme tout le monde, sauf les profs peut-être, et je gagne mon propre argent. Je mange au restaurant et je commande souvent un expresso après le repas. J’y glisse trois sucres parce que le café c’est trop amer, mais j’aime bien, je m’y fais, je fais comme on fait. On a toujours fait comme ça. Lire la suite

One more beer and I’ll take you all

– T’as jamais rien dit à propos de ce que t’as sur le cœur.
– Possible.
– C’est tout ce que ça te fait?
– Que veux-tu que je te dise.
– Ce que tu ressens, que tu me parles de toi?
– Tu sais déjà tout de moi. Ou les grandes lignes.
– T’aimes la pêche, ton café bien noir, et les jolies jambes. Tu parles d’un savoir.
– Le principal est là.
– Va te faire voir.
– Avec plaisir. Lire la suite

Dynamite

À trois heures, ils sont sortis pour donner les dernières nouvelles. On ne sait pas quand quelque chose va changer – disons simplement que l’état est stable, que ça se maintient. Mais putain, qu’est-ce que ça veut dire, « ça se maintient »? Alors on attend, encore et encore. Difficile d’imaginer que ce joli petit minois ne ressemble plus à grand-chose. Au mieux, on s’en rappellera toujours comme de quelqu’un de gentil, à qui il n’est arrivé que des tuiles. Au pire, on n’en parlera que comme du balafré, l’amoché. Quelque chose dans le genre.

C’était allé très vite, c’est ça qu’ils répètent en boucle. Nous on a pas compris tout de suite. Alors parfois, dans les moments de crise, de doutes, on se marre, on en rigole. On se demande encore si on peut rire de tout, faut croire que oui. C’est peut-être ça qui nous sépare des animaux, allez donc savoir. Ça, ou notre façon constante de nous pousser les uns les autres sous un bus. De façon littérale et métaphorique. Le bus lui l’avait à peine senti, Jérôme répète que rien ne peut arrêter un bus lancé à plus de cinquante à l’heure. Même un mur épais. Nous on pense que Superman pourrait surement, mais Superman n’existe pas. Lire la suite

Quand les aléas de la vie te tabassent si fort que tu finis par tout comprendre

« Et active toi, on n’a pas que ça a glander! »
C’était toujours la même rengaine avec les connards de ce genre. Les merdeux qui, malgré leur jeune âge, se sentent plus pisser parce qu’ils ont plus de grade que toi. Qu’est-ce que j’en avais à cirer moi, de ses clients? J’étais payé pour nettoyer le sol, les comptoirs et les devantures. On me rajoutait parfois du boulot, en contrepartie de quelques chèques resto balancés comme ça, avec dédain, et on me faisait ranger les rayons, remettre les merdes sur les cintres. Du facing qu’ils appelaient ça; mais qu’est-ce que j’en avais à cirer? Sur la dernière heure qu’il me restait à tirer, difficile de ne pas lambiner. Le merdeux me collait aux basques comme la misère sur le pauvre. Active toi Nolt, qu’il me gueulait. Alors je m’activais, du haut de mes un mètre quatre-vingt je me courbais comme le roseau à qui on aurait bien cassé les couilles, et je me pétais le dos pour que leur saloperie brille. J’en avais été réduit à ça, moi, comme beaucoup d’autres; à me péter le dos et le moral pour gagner trois rond que je foutrais en l’air dès que j’aurais foutu le nez dehors. C’était comme ça que c’était devenu, plus facile de trainer que d’espérer. Lire la suite

Out of step

On t’avait pas dit que ça se passerait comme ça. En fait, à bien y réfléchir, on t’avait carrément dit le contraire. Franchement, si t’avais su,hein? Mais bon, quand on est gosse, qu’on pige pas grand-chose, on se laisse facilement avoir. Puis après, quand on est lancé, difficile de s’arrêter en route – enfin en tout cas pour ceux qu’aiment bien aller aux bouts de leurs idées. Moi personnellement, on m’avait dit, tiens toi bien, sois sérieux. Tu verras, qu’ils disaient, tu verras comme ça paye. Seulement j’avais pas encore intégré l’ironie. Parce que ouais, en fait, bien se tenir, être sérieux; tout ça, c’est du flan, ça paie pas. Lire la suite

Oculus

Le geôlier tapota nonchalamment sur les touches. Quatre. Cinq. Huit. Sept. Tous les codes d’accès de ce niveau avaient été changés pour celui-ci; uniformisation des procédés pour plus de sécurité. La porte se déverrouilla sur un long grésillement, et révéla un autre couloir tout en longueur. Ils avancèrent en trottinant, suivant le geôlier qui, visiblement, avait déjà emprunté ce chemin des centaines de fois. Même s’ils le voulaient, ils n’auraient jamais réussi à s’échapper. Tout le monde connaissait la Tour, beaucoup savaient qu’il était quasi-impossible d’y entrer sans laisser-passer, personne n’avait réussi à en sortir sans y être autorisé. Après les évènements des dix dernières années, la sécurité était devenue le souci primordial des gouvernements comme de la population; aussi, lorsque la Neuvième République fut instaurée, on déclara tous les édifices et bâtiments dédiés au service publique comme ZP1 – la plus haute distinction en termes de protection militaire. On rénova ensuite tour à tour chacune des prisons du continent, et la Tour fut construite quelques mois plus tard, comme le symbole d’une nouvelle ère. Lire la suite