Lundi

On dit que le dimanche, c’est le jour du seigneur. Mais alors, qu’est-ce que ça fait du lundi ? C’est le jour des apôtres ? Le jour du traitre ? Le jour du pauvre idiot qui s’use les genoux à force de cirer le parquet miteux de l’église du centre de la place du village ? Qu’importe. Le lundi me donne envie de prier. Fort. Et de gueuler un peu aussi. Plus fort. Lire la suite

J’ai testé pour vous #7 : marier deux amis.

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« Pour le meilleur et pour le pire … surtout pour le pire d’ailleurs. Oh putain, SPOILER! »

Tiens, vous êtes encore là? Qui l’aurait cru? Certainement pas moi en tout cas.
Ceci dit, je pourrais bien être en train de me parler à moi-même, ce ne serait pas la première fois. Rendez-vous compte; je suis même content de vous voir! C’est dire à quel point ça fait longtemps, non? Allez, soyons honnêtes; faut bien reconnaître que si l’on abuse, qu’on se côtoie un peu trop et d’un peu trop près, on finit par s’énerver. Mais comme tout, ça finit toujours par passer. Quoiqu’il en soit, si vous n’avez pas vu ma tronche pendant ce long moment, c’est que j’étais foutrement bien occupé! Bon évidemment, si vous êtes logiques, vous commencez par lire le titre, et là, mon effet de surprise fout le camp et j’me suis comme qui dirait – autospoilé.
Bref, laissez-moi plutôt vous raconter ce qu’il s’est passé. Lire la suite

Post de gare

J’attendais patiemment, jouant avec mon Sartre, le faisant pivoter, basculer, cogner la table, lorsqu’il entra finalement dans le café. Vinnie ne savait pas faire une entrée discrète, il se devait toujours de saluer chaque personne présente là où il se rendait, peu importe le nombre. Il referma la porte sur lui, redressa le col de son manteau d’un geste bien maitrisé, et s’avança vers ma table. Il m’adressa un sourire de vendeur. Vinnie était un drôle de type : il en connaissait un rayon et il pouvait parler de tout pendant des heures, vous poser tout un tas de questions sur tout un tas de sujets, avant de tout ramener à lui. Certains disaient que c’était un mauvais gars, un ahuri, ou je ne sais quoi encore. Je lui trouvais un certain attrait, un petit quelque chose de divertissant. Et il me prenait pour un abruti, ce qui rendait le tout d’autant plus amusant. Lire la suite

#VT2F2016

Aujourd’hui j’ai décidé d’écrire une lettre ouverte au monde.
Oui, vous avez bien lu; une lettre ouverte. Oui je sais ce que vous allez me dire; La Poste en ce moment … Mais tout de même ! La lettre, c’est un art perdu. Comme la ************. Merde; rayons ça.
Tout, ou presque, a commencé hier lorsque l’on m’a très justement fait remarquer que sur internet, n’importe qui peut devenir n’importe qui grâce à un mot, un geste, un sourire, une photo plutôt bien cadrée. Alors j’en profite; moi aussi je me jette à l’eau, je boue, je vois les autres réussir, devenir des artistes, des blogueuses, des youtubeurs et des booktubeurs, et je dois dire que je suis exaspéré(e). Lire la suite

Artiste engagée

– Difficile de faire pire en terme de prose.
– Mais complètement. Et l’utilisation de ses modaux est totalement à revoir.
– Attendez, vous avez vu sa ponctuation aussi. Quelle blague !
Tous les trois se mirent à rire.
– Je ne comprends pas comment on peut se prétendre écrivain dans ces cas-là.
– Mmh oui, auteur, je dois reconnaître qu’on ne peut pas remettre ça en question. Mais écrivain …
– Vous savez ce que tout ça me rappelle?
– Non?
– Non?
– Nolt. Vous vous souvenez de lui? Le vieux Nolt?
– L’énergumène qui se pensait romancier?
– Oui! Je me souviens; le barman fou. Quelle blague!
Une nouvelle fois, ils éclatèrent de rire. La pluie tombait abondamment sur les pavés de la petite cour intérieure et le bruit calme et sourd des gouttes s’écrasant contre le sol faisait penser à celui de gens trop ambitieux ou pas assez, s’écrasant contre la dure loi de la société. Lire la suite

Autobiographie

La tasse, au bord de la table, ne manqua pas de tomber. Et bien sûr, le café se renversa sur une grande partie de mon pantalon, puis sur mes chaussures trouées. J’étais habitué à renverser des choses, c’est comme ça; c’est la vie. On essaye de les prendre comme elles viennent, ces choses, et bien souvent on se prend les pieds dans le tapis en essayant d’y faire attention. Et bien sûr, tout finit toujours pas tomber, se briser, et bien souvent en mille morceaux. Mais soit. On m’avait toujours seriné « sois positif, souris à la vie et la vie te sourira ». Alors je continuais de sourire; ce sourire crispé et loin d’être naturel, celui qui montre bien que techniquement, vous n’êtes pas fait pour sourire, que physiquement, votre visage ne peut pas se réagencer de cette manière. Mais soit, sourions à la vie et la vie nous sourira. Lire la suite

On n’attend pas Patrick?

et lorsqu’il se leva, la file d’attente se remit à bouger comme un de ces insectes qu’on vient d’écraser sous son pied et qui, après un long moment, montre encore des signes de vie. Patrick gagna un siège, celui-ci un peu plus confortable que le précédent. C’était sa petite victoire; quand il venait pour son rendez-vous hebdomadaire, il regardait toujours en direction de ce siège, comme pour un rituel. Une fois qu’on arrivait à s’y asseoir, non seulement, on était à l’aise, mais on était aussi assuré que l’attente ne durerait pas plus d’une heure supplémentaire. Il souriait ouvertement dans la salle, et les gens ne semblaient pas du tout y prêter attention. Ce quartier, se dit-il, a bien changé. Même le 13ème a bien changé; c’était mon fief, ma terre. Aujourd’hui, c’est à peine si je le reconnais; c’est à peine si je me reconnais. Lire la suite

Sinistres Français

Scène : magnifique journée pluvieuse dans la capitale. SF, vêtu d’un seyant gilet jaune à bandes grises, interroge des passants dans la rue au lieu de faire le travail pour lequel il n’est presque pas payé.

[Entrent SF et MADAME]

SF : Bonjour madame.
MADAME (esquivant) : Non non.
SF : Ah bon d’accord, bonne journée.
[Elle sort.]

SF : Quelle belle journée. Ici, ici, ici, ici il fait bon vivre … Lire la suite

N.O.N

– C’est ce qu’il m’a dit. Pas au mot près, bien évidemment. Mais l’idée est là.
– Incroyable …
– On ne croirait pas en le voyant, hein?
Un couple entra dans le salon de thé, rayonnant, souriant. Roux, tous les deux. Tania se dirigea vers eux, leur adressa un sourire avant de prendre leur commande. Elle revint près de Sacha, et lança :
– Je t’avoue que j’ai vraiment du mal à l’imaginer.
– Lui? Ou lui faisant ça?
– Les deux! Enfin, surtout lui, et ça. Disons que, ça ne colle pas trop.
– En même temps, est-ce qu’il y a vraiment quelque chose qui « lui colle »?
Elle sourit, puis s’empara en un geste d’une pince avec laquelle, elle captura, non sans brio, un cupcake malicieux qui faisait tout pour ne pas se laisser attraper. Son pas chaloupé rythmant sa démarche remarquable, elle se dirigea vers la table occupée par le couple, et y déposa la commande. Ils avaient l’air ravis. L’homme se saisit de son portefeuille en un instant, ne laissant pas le temps à sa compagne de réagir, et tendit d’un geste chevaleresque, sa carte bleue visa. Tania l’attrapa du bout des doigts, et, tandis qu’elle en introduisait le bout dans la machine, adressa à Sacha un regard plein d’incompréhension. Comment un type comme Nick avait pu être écrivain? Bon, c’était dans une autre vie, certes. Mais quand même. On parlait bien du même Nick qui servait du jeudi au mardi avec la même salopette, qui gribouillait des phallus sur les petites serviettes à papier qu’il laissait tranquillement traîner sur le comptoir. Ce même Nick qui avait un jour prétendu avoir couché avec Kimberly Key (la célèbre styliste), ou qui avait notamment avoué (d’une confession apparemment sincère et non-forcée) être passé très près du capitanat de l’équipe nationale de rugby. Difficile d’imaginer que ce même Nick qui s’était une fois endormi dans son propre vomi avait aussi été l’auteur d’un bouquin au succès relatif. Comme quoi; les apparences. Lire la suite